
A Etaples (Pas-de-Calais), la fédération socialiste a préféré un jeune énarque parachuté au militant de terrain Bagdad Ghezal. Lors du Conseil fédéral du Pas de Calais chargé de ratifier les têtes de listes du département, le vote des militants a été invalidé. Avec plus 75% des suffrages Bagdad Ghezal est pourtant le candidat choisi des militants.
A l'heure de la démocratie participative et des appels à la rénovation, Etaples, port de pêche de 11 000 âmes, est le théâtre de pratiques politiques d'un autre âge.
Bagdad Ghezal est un militant associatif de 51 ans. Secrétaire de section, Bagdad a décidé de briguer l'investiture du PS pour être candidat à la succession du Maire Marcel Guerville. Face à lui, un autre candidat, soutenu par Vincent Léna (Secrétaire National du PS et "patron" des socialistes de la circonscription), est parachuté : Antoine de Rocquigny du Fayel, jeune énarque de 35 ans, directeur délégué TER à la SNCF de... Lille, à 150 km !
Jeudi soir, Bagdad Ghezal a été largement désigné par les militants socialistes locaux lors d'un vote interne. Il s'agit donc de l'exact contraire de la discrimination positive : Bagdad Ghezal, bien implanté grâce à un travail militant de terrain, jouit d'une vraie légitimité confirmée par sa large victoire.
En fait, la discrimination positive, c'est Antoine de Rocquigny du Fayel qui va en bénéficier puisqu'au Conseil fédéral (l'instance départementale du PS) de ce soir, c'est son nom qui sera très probablement proposé pour la tête de liste au mépris du vote qui a eu lieu... Explication de ses partisans : sa candidature serait plus "crédible".
Bizarrement, si l'on creuse un peu, on trouve un autre élément d'explication. Antoine de Rocquigny du Fayel et son principal soutien, Vincent Léna, partagent un point commun, assez rare : ils sont tous deux passés par l'ENA (pas dans la même promotion, ni sortis dans le même corps).
Ironie de la vie politique, mon camarade Vincent Léna semble avoir du mal à mettre en pratique dans sa circonscription les nobles principes qu'il affichait encore récemment dans un article de la Revue Socialiste: "S’il fallait une raison d’espérer, ce serait le vote massif que les jeunes des quartiers populaires ont exprimé pour la gauche à la présidentielle de 2007, après s’être inscrits en nombre sur les listes électorales. J’y vois un désir puissant de citoyenneté, que l’on a refusée à leurs parents lorsqu’ils venaient de l’immigration. J’y vois une source de militantisme et de renouveau pour les associations, les syndicats et les partis. J’y vois un espoir pour le Parti socialiste s’il sait s’appuyer sur eux pour se rénover, et porter leurs espérances au reste du pays. Je les appelle donc à entrer en résistance, et à refuser la société qu’on leur propose. Non pas en brûlant les voitures et en se repliant sur une communauté, mais en s’engageant au quotidien dans la vie citoyenne et politique, en allant chercher la place qu’on leur refuse."
Morale de la fable : la diversité, c'est bien, mais plutôt chez les autres...
Mehdi Ouraoui
PS: précision utile, je n'ai aucun lien, ni personnel, ni militant, ni professionnel, avec aucun des personnages de cette histoire
Edit 11h05 : je vous invite à lire l'interview de soutien de Malek Boutih à Bagdad Ghezal dans La Voix du Nord, "S'appeler Bagdad est un handicap : il faut dire stop, ça suffit !"
1 comment:
Etrangement, le cas d'Etaples a été médiatisé tant régionalement que nationalement, alors qu'à une dizaine de kilomètres de là, à Condette, le maire divers gauche en place depuis 2001, investi par son prédécesseur, s'appelle Kaddour Derrar. Un maire divers gauche, non encarté, d'origine maghrébine (et pas descendant de colons européens), dans une petite municipalité rurale comme Ahmed Abdelkader l'était à Ceilhes-et-Rocozel de 1995 à 2005, comme Xavier Cadoret (Karim Kaddouri) à Saint-Gérand-le-Puy depuis 1991 ou Youcef Hamami à Boviolles en 1995-2001. Hors des appareils de partis, la "diversité" semble mieux acceptée...
Post a Comment